Devis & vente
Étude 30 kWc pour une PME : construire le business case
Comment chiffrer une installation de 30 kWc pour une PME : courbe de charge, production PVGIS, tarif 1,1 c€/kWh, TVA récupérable, amortissement, IFER, raccordement 36 kVA, et ce qu'il ne faut pas promettre.

Les indicateurs du rapport financier : production P50, TRI, VAN, temps de retour, autoconsommation.
L’essentiel
- À 1,1 c€/kWh de surplus depuis le 5 juin 2026 et sans prime, un business case de PME ne tient que sur les kWh autoconsommés : la courbe de charge du site est la première pièce de l'étude, avant le toit.
- PVGIS (base SARAH3, pertes 14 %) donne pour un bac acier à 5° plein sud environ 935 kWh/kWc/an à Lille, 1 000 à Paris, 1 125 à Bordeaux, 1 136 à Lyon et 1 400 à Marseille ; à 30° plein sud, 1 060 à 1 610. Datez et citez ces valeurs dans le rapport.
- La TVA à 20 % est déductible chez un client assujetti : raisonnez en HT. L'installation est immobilisée et amortie sur sa durée normale d'utilisation ; le BOFiP cite une durée de 10 à 20 ans généralement admise pour les installations.
- À 30 kWc, pas d'IFER : cette taxe vise les centrales d'au moins 100 kW, et elle ne frappe pas celles qu'un consommateur exploite pour son propre usage (BOI-TFP-IFER-30, 11/03/2026).
- 30 kWc se raccorde en général au-delà de 36 kVA ou tout près : la puissance de raccordement, et donc le parcours Enedis (Enedis-Connect ou portail entreprises avec PTF), se décide avec le client dès l'étude.
Une PME ne vous achète pas des panneaux : elle achète une ligne de moins sur sa facture d'électricité, avec un chiffre d'amortissement que son comptable peut vérifier. Depuis le 5 juin 2026, le surplus se vend 1,1 c€/kWh et la prime à l'autoconsommation a disparu : tout le business case repose sur les kWh que le site consomme pendant qu'il produit. Cet article décrit, dans l'ordre, les pièces d'une étude de 30 kWc qui résiste à la lecture d'un dirigeant et de son expert-comptable, et ce qu'il ne faut pas écrire.
Commencer par la courbe de charge, pas par le toit
Trente kilowatts-crête produisent à midi, en été, 20 à 25 kW en sortie d'onduleur. Si le site n'appelle pas cette puissance à ce moment-là, le surplus part à 1,1 c€/kWh et l'étude s'effondre. La première donnée à obtenir est donc la courbe de charge du site :
- au-dessus de 36 kVA, le client dispose d'un compteur avec courbe de charge et son fournisseur ou Enedis lui donne l'historique au pas de 10 ou 30 minutes ;
- en dessous, la courbe Linky est accessible depuis son espace client Enedis, avec son consentement explicite ; la méthode est décrite dans estimer la consommation d'un client avec Linky.
Trois profils reviennent chez les PME :
| Profil | Exemple | Lecture pour le dimensionnement |
|---|---|---|
| Diurne continu, 6 ou 7 jours sur 7 | Froid alimentaire, atelier en continu, data | Le plus favorable : la production trouve preneur presque toute l'année |
| Diurne, 5 jours sur 7 | Bureaux, cabinet, commerce fermé le dimanche | Le surplus du week-end pèse 2 jours sur 7 : dimensionner sur la semaine, pas sur le pic |
| Saisonnier ou nocturne | Cave viticole, boulangerie, hôtel | Autoconsommation faible en été ou en journée : réduire la puissance ou prévoir des usages pilotables |
Le taux d'autoconsommation que vous affichez doit sortir du croisement, heure par heure, de cette courbe et de la production simulée. Un taux « habituel » recopié d'un autre dossier n'a pas sa place dans une étude.
La production : PVGIS, daté et cité
La production se calcule avec PVGIS (Centre commun de recherche de la Commission européenne), avec la pente et l'orientation réelles du toit. Pour fixer les ordres de grandeur, nous avons interrogé l'API PVcalc de PVGIS 5.3 le 25 octobre 2026 (base SARAH3, pertes système 14 %), pour 1 kWc :
| Ville | Bac acier à 5°, plein sud | Bac acier à 5°, sud-ouest (45°) | Toiture à 30°, plein sud |
|---|---|---|---|
| Lille | 935 kWh/kWc/an | 922 | 1 062 |
| Paris | 1 002 | 986 | 1 137 |
| Bordeaux | 1 125 | 1 111 | 1 270 |
| Lyon | 1 136 | 1 121 | 1 282 |
| Marseille | 1 399 | 1 378 | 1 611 |
Deux enseignements pour les toitures de PME, souvent des bacs acier à faible pente : la perte entre plein sud et sud-ouest est faible à 5° (1 à 2 %), et la faible pente coûte 11 à 13 % par rapport à 30°. Sur 30 kWc à Lyon, cela donne environ 34 000 kWh/an à 5° contre 38 500 à 30°. L'écart entre PVGIS et la réalité, et comment le présenter, est traité dans production PVGIS contre production réelle.
Écrivez dans le rapport : outil, version, base de données, pertes retenues, pente, azimut, date de la simulation. C'est ce qui distingue une étude d'une brochure.
Les recettes : kWh évités et surplus à 1,1 centime
Le gain annuel se décompose en deux lignes, et une seule compte vraiment :
- kWh autoconsommés × prix du kWh évité. Le prix est celui du contrat du client, lu sur ses factures : part fourniture et acheminement en HT pour un assujetti (la TVA est récupérée), taxes comprises pour un client qui ne la récupère pas. Les PME au-dessus de 36 kVA n'ont pas de tarif réglementé ; chaque contrat diffère. Si vous retenez une hypothèse d'évolution du prix, écrivez-la et montrez le résultat sans elle.
- kWh injectés × 0,011 €/kWh. Depuis le 5 juin 2026, de 0 à 100 kWc, le surplus comme la vente totale sont achetés 1,1 c€/kWh pour les demandes complètes de raccordement déposées à partir de cette date, sans prime. Sur 5 000 kWh de surplus, cela fait 55 € par an : montrez-le tel quel, le client comprend aussitôt pourquoi on dimensionne au plus juste.
L'alternative à la vente du surplus est la convention d'autoconsommation sans injection, qui évite le contrat d'achat et, au-dessus de 100 kW, l'IFER : voir la CACSI. Pour l'argumentaire face au tarif à 1,1 centime, voir notre article dédié.
Le coût : HT, et seulement le vôtre
Le coût d'investissement est celui de votre devis, hors taxes si le client est assujetti, puisqu'il déduit la TVA selon son coefficient de déduction (BOI-TVA-DED-20-10-40). N'écrivez pas de prix de marché « au watt-crête » dans l'étude : le client compare votre devis à d'autres devis, pas à une moyenne. Les règles de TVA pour un client professionnel, dont la sous-traitance, sont dans facturer une entreprise : TVA et autoliquidation.
Ajoutez les coûts d'exploitation que le client supportera : contrat de maintenance si vous en proposez un, assurance, remplacement de l'onduleur dans la durée de vie, abonnement de supervision le cas échéant. Un business case sans charges d'exploitation est incomplet et le comptable le verra.
L'amortissement et l'IFER : ce que le comptable regardera
Amortissement. L'installation est une immobilisation amortie sur sa durée normale d'utilisation. Le BOFiP (BOI-BIC-AMT-10-40-10) indique qu'en l'absence d'usage identifié, la durée s'apprécie bien par bien et qu'une durée de 10 à 20 ans est généralement admise pour les installations ; l'onduleur peut être traité en composant avec sa propre durée. La dotation annuelle réduit le résultat imposable : c'est un effet réel, mais c'est au comptable du client de le chiffrer selon son régime. Écrivez « amortissable, à voir avec votre expert-comptable », pas un montant d'économie d'impôt.
IFER. L'imposition forfaitaire sur les entreprises de réseaux frappe les centrales photovoltaïques dont la puissance installée « est supérieure ou égale à 100 kilowatts » (BOI-TFP-IFER-30, 11 mars 2026). À 30 kWc, elle ne s'applique pas. Pour information, le tarif 2026 est de 3,588 €/kW pour les centrales mises en service à partir du 1er janvier 2021 pendant leurs vingt premières années d'imposition, et les centrales « exploitées par les consommateurs finaux pour leur propre usage » en sont exclues.
Le raccordement : décider le kVA avec le client
Trente kilowatts-crête d'onduleurs appellent souvent une puissance de raccordement proche ou supérieure à 36 kVA. En dessous ou à 36 kVA, la demande passe par le parcours en ligne d'Enedis pour les producteurs ; au-dessus, elle bascule sur le portail entreprises avec une proposition technique et financière, des délais engagés et une convention de raccordement, décrits dans notre guide du raccordement de 36 à 100 kWc. La question se tranche dès l'étude : si le site est déjà alimenté au-dessus de 36 kVA, l'injection s'inscrit dans ce contrat ; sinon, le choix entre brider l'injection à 36 kVA et passer en PTF a un coût et un délai.
Le dossier Consuel suit la puissance : attestation avant mise sous tension pour toute installation de production de moins de 250 kVA qui modifie l'installation intérieure (code de l'énergie, art. D342-19). Les quatre cas de raccordement en autoconsommation du dossier SC 144 sont expliqués dans l'attestation Consuel.
Ce qu'il ne faut pas écrire
- Un prix de l'électricité « moyen » national : prenez la facture du client.
- Un taux d'autoconsommation sans courbe de charge.
- Une économie d'impôt chiffrée : c'est le travail du comptable.
- Une prime à l'autoconsommation : elle n'existe plus pour les demandes déposées depuis le 5 juin 2026.
- Une TVA à 5,5 % : le local est professionnel, le taux est de 20 %.
- Un retour sur investissement sans ses hypothèses.
Ce qu'il faut retenir
- La courbe de charge d'abord : elle fixe la puissance, pas la surface du toit.
- PVGIS daté et cité ; bac acier à 5° : 935 à 1 400 kWh/kWc/an selon la ville.
- Recettes = kWh évités au prix du client ; surplus à 1,1 c€/kWh, sans prime.
- Coût HT du devis pour un assujetti, charges d'exploitation incluses.
- Amortissement sur la durée normale d'utilisation ; pas d'IFER sous 100 kW.
- Le kVA de raccordement se décide à l'étude, pas après le devis.
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Méthode et sources
Les productibles proviennent de l'API PVcalc de PVGIS 5.3 interrogée le 25 octobre 2026 (base SARAH3, pertes système 14 %, 1 kWc, pentes de 5° et 30°, azimuts 0° et 45° sud-ouest) pour cinq villes ; ils changent avec l'adresse exacte, la pente et les masques, et ne remplacent pas la simulation du toit réel. Les règles fiscales sont celles du BOFiP en vigueur au 25 octobre 2026 (BOI-TFP-IFER-30 du 11 mars 2026, BOI-BIC-AMT-10-40-10, BOI-TVA-DED-20-10-40) ; le tarif d'achat est celui de l'arrêté du 1er juin 2026 tel que publié par photovoltaique.info. Cet article ne donne volontairement ni prix de marché au watt-crête ni prix de l'électricité professionnel : ces deux valeurs appartiennent au devis et aux factures du client. Il ne couvre pas les installations de plus de 100 kWc, traitées dans l'appel d'offres simplifié 100-500 kWc.
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Créer mon compte gratuit Voir les fonctionnalitésQuestions fréquentes
Faut-il proposer la vente totale à 1,1 c€/kWh à une PME ?
Au-dessus de 9 kWc la vente totale existe, mais à 1,1 c€/kWh elle ne couvre pas l'exploitation. Le modèle rationnel est l'autoconsommation avec vente du surplus, dimensionnée pour que le surplus reste faible. Si le site consomme peu en journée, c'est le projet qu'il faut réduire, pas le tarif qu'il faut espérer.
Quel prix du kWh évité retenir dans le calcul ?
Celui que paie réellement le client : le prix HT de la part énergie et de l'acheminement de son contrat, lu sur ses factures, hors taxes récupérables. Les PME n'ont pas de tarif réglementé au-dessus de 36 kVA ; chaque contrat est différent. Ne reprenez jamais un prix moyen national.
Peut-on annoncer un retour sur investissement en années ?
Oui, à condition d'afficher les hypothèses : production PVGIS datée, taux d'autoconsommation issu de la courbe de charge, prix du kWh du client, coût HT du devis, hypothèse d'évolution du prix de l'électricité si vous en prenez une. Un chiffre sans hypothèses n'est pas une étude, c'est une promesse.
L'installation en autoconsommation sans injection évite-t-elle le contrat d'achat ?
Oui : une convention d'autoconsommation sans injection (CACSI) remplace le contrat d'achat, à condition d'empêcher physiquement l'injection. Elle est détaillée dans notre article sur la CACSI. Elle évite aussi l'IFER quelle que soit la puissance.
Sources
- JRC, PVGIS 5.3, API PVcalc (base SARAH3, pertes système 14 %), interrogé le 25/10/2026 pour Lille, Paris, Bordeaux, Lyon et Marseille
- photovoltaique.info (Hespul), tarifs de vente depuis le 5 juin 2026 (arrêté du 1er juin 2026)
- BOFiP, BOI-TFP-IFER-30 (11/03/2026) : IFER sur les centrales photovoltaïques d'au moins 100 kW, exclusion des centrales exploitées pour l'usage propre du consommateur
- photovoltaique.info, IFER pour P ≥ 100 kW : tarifs 2026, exonération en autoconsommation totale, déclaration
- BOFiP, BOI-BIC-AMT-10-40-10 : durée normale d'utilisation des biens amortissables
- BOFiP, BOI-TVA-DED-20-10-40 : coefficient de déduction
- Enedis, Raccorder son installation de production ≤ 36 kVA (mode d'emploi)