Devis & vente
Photovoltaïque sur bâtiment d'élevage : dimensionner sur la consommation
Traite, tank à lait, ventilation, séchage, aération de bassins : comment dimensionner le PV d'une exploitation quand le surplus vaut 1,1 c€/kWh, et ce que dit le CGI sur les recettes.

Implantation 3D et production mensuelle estimée, telles qu'elles figurent dans le rapport.
L’essentiel
- Depuis le 5 juin 2026, de 0 à 100 kWc, le surplus comme la vente totale sont achetés 1,1 c€/kWh : un projet d'élevage se dimensionne sur ce que l'exploitation consomme en journée, pas sur la surface de toiture.
- Les usages qui portent le projet sont ceux qui tournent quand le soleil est là : ventilation des bâtiments, tank à lait et refroidissement, séchage en grange, pompage et aération en pisciculture ; la traite du matin et du soir, elle, tombe largement hors production.
- L'article 75 du CGI permet à l'exploitant au réel de rattacher ses recettes accessoires commerciales (dont la vente d'électricité) au bénéfice agricole si leur moyenne sur trois ans n'excède ni 50 % des recettes agricoles ni 100 000 € ; l'ancien article 75 A propre au photovoltaïque n'existe plus.
- Le taux de TVA de 5,5 % vise les logements (CGI, art. 278-0 bis P) : un bâtiment d'élevage est à 20 %, et la TVA se traite dans le régime de l'exploitation.
- La puissance de référence pour le tarif est la somme P + Q des installations du même site (moins de 100 m, même propriétaire) : deux toitures d'une même ferme ne se cumulent pas librement sous le seuil de 100 kWc.
Une stabulation, un poulailler ou une salle de traite offrent de grandes toitures dégagées, et c'est le piège : couvrir toute la surface ne sert plus à rien. Depuis le 5 juin 2026, l'électricité injectée est achetée 1,1 c€/kWh de 0 à 100 kWc, en surplus comme en vente totale. Le projet se dimensionne donc sur la consommation de l'exploitation aux heures de soleil, usage par usage, et la toiture n'est qu'une limite haute. Cet article décrit comment lire cette consommation, ce qui change en pisciculture, et le cadre fiscal que l'exploitant vous demandera d'expliquer. Les règles d'urbanisme, de structure et d'assurance du bâtiment agricole sont traitées dans Photovoltaïque sur hangar agricole : les règles ; l'agrivoltaïsme au sol dans Agrivoltaïsme : décret 2024 et loi APER.
Pourquoi la consommation prime sur la toiture
photovoltaique.info résume le régime des demandes complètes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026 : de 0 à 100 kWc, tarif unique de 1,1 c€/kWh, indexé de 2 % par an sur 20 ans, sans prime à l'investissement ; vente totale fermée à 9 kWc et moins ; de 100 à 500 kWc, appel d'offres simplifié de la CRE au seul critère du prix. Un kilowattheure autoconsommé évite le prix du contrat de fourniture de l'exploitation, un kilowattheure injecté rapporte 1,1 centime. L'écart est tel qu'un module posé pour produire du surplus coûte plus qu'il ne rapporte.
Deux conséquences pour votre devis :
- la puissance se déduit de la puissance appelée en journée et de son profil sur l'année, pas du nombre de modules que le toit accepte ;
- la puissance de référence du tarif est la somme P + Q des installations du même site, c'est-à-dire des bâtiments distants de moins de 100 m et appartenant à la même personne, y compris les demandes déposées dans les 18 mois avant ou après. Deux toitures d'une même ferme ne se traitent pas comme deux dossiers de 99 kWc.
Lire la consommation d'une exploitation
Les données à demander
L'exploitant a presque toujours un compteur communicant par point de livraison. La méthode est la même que pour un client tertiaire : factures des douze derniers mois, puis courbe de charge au pas de 30 minutes téléchargée depuis l'espace client Enedis. La démarche est détaillée dans Consommation client : factures, Linky et courbe de charge. Sur une ferme, ajoutez trois questions : quels bâtiments sont derrière ce compteur, quels usages sont saisonniers, et quels équipements sont prévus dans les deux ans (robot de traite, séchoir, groupe froid).
Les usages, heure par heure
Le tableau suivant ne donne pas de kilowattheures : chaque exploitation a les siens. Il donne ce qui compte pour le photovoltaïque, le moment où l'usage tourne.
| Usage | Quand il consomme | Lecture pour le PV |
|---|---|---|
| Traite (pompe à vide, lactoduc) | Deux plages, tôt le matin et en fin de journée | Hors production une bonne partie de l'année ; ne porte pas le projet |
| Tank à lait, groupe froid | Refroidissement après chaque traite, maintien en continu | La part diurne et le maintien l'après-midi sont couverts ; le soir ne l'est pas |
| Robot de traite | Réparti sur 24 h | Base constante : couverte en journée, pas la nuit |
| Ventilation de bâtiments d'élevage (porcs, volailles) | Proportionnelle à la température, donc maximale l'après-midi en été | Le meilleur usage : la pointe coïncide avec la production |
| Éclairage des bâtiments | Programmes longs en volaille, matin et soir ailleurs | Partiellement couvert selon le programme |
| Séchage en grange, ventilation de céréales | Journée, de la fin du printemps à l'automne | Très bon recouvrement saisonnier |
| Irrigation, pompage | Journée et nuit selon les tours d'eau | À caler sur la journée quand le réseau d'irrigation le permet |
| Atelier, lavage, chauffage de l'eau | Journée de travail | Couvert, charge déplaçable |
Le bâtiment qui ventile l'été et sèche à l'automne est un bon candidat ; la ferme laitière dont la consommation se concentre à 6 h et à 18 h l'est beaucoup moins, sauf si le tank et un chauffe-eau peuvent décaler leur fonctionnement. Dites-le au client dès le rendez-vous : un taux d'autoconsommation sorti de la simulation horaire vaut mieux qu'un pourcentage promis.
Déplacer ce qui peut l'être
Trois leviers ne coûtent presque rien : programmer le chauffe-eau de la laiterie en milieu de journée, décaler le lavage et le nettoyage haute pression, et piloter la ventilation sur la température plutôt que sur l'horloge. Un ballon d'eau chaude sert de stockage thermique bien moins cher qu'une batterie. Si le client parle de batterie, calculez-la sur la courbe de charge, méthode décrite dans Dimensionner une batterie domestique, et comparez au coût du simple décalage d'usages.

Pisciculture et aquaculture : le cas de l'aération continue
Un élevage de poissons dépend de l'oxygène dissous : aérateurs, compresseurs, pompes de recirculation tournent jour et nuit, et toute coupure longue est un sinistre. Ce qui change par rapport à un bâtiment d'élevage :
- la base de consommation est continue, donc la part diurne est couverte, la part nocturne jamais sans stockage ; le dimensionnement vise la puissance appelée en journée, pas la consommation totale ;
- le renouvellement d'eau diurne (pompage d'appoint, transferts entre bassins) est au contraire la charge idéale à caler sur la production ;
- l'alimentation de secours existante (groupe électrogène, alarme de taux d'oxygène) reste indispensable : une installation raccordée au réseau se coupe avec lui, sauf matériel conçu pour le fonctionnement en site isolé, qui est un autre métier ;
- l'environnement est humide et parfois salin : indices de protection des coffrets, emplacement des onduleurs à l'abri des embruns et de la condensation, structures choisies pour la tenue à la corrosion, selon les notices des fabricants.
Si le client parle de panneaux flottants sur ses bassins, c'est un projet au sol au sens des aides et de l'urbanisme, hors du périmètre de cet article.
Le cadre fiscal que l'exploitant vous demandera
Vous n'êtes pas son comptable, mais un devis convaincant anticipe trois questions.
Les recettes de vente d'électricité
La vente d'électricité est une activité commerciale. L'article 75 du CGI, dans sa rédaction issue de la loi de finances pour 2019, permet à l'exploitant soumis à un régime réel de prendre en compte dans son bénéfice agricole les produits de ses activités accessoires commerciales et non commerciales, lorsque, au titre des trois années civiles précédant l'exercice, leur moyenne annuelle n'excède ni 50 % de la moyenne des recettes agricoles, ni 100 000 €, taxes comprises. Un régime d'exception existe pour les trois premières années d'activité. L'ancien article 75 A, qui visait nommément l'électricité photovoltaïque et éolienne, n'apparaît plus dans le code ; des pages encore en ligne y renvoient, dont celle de photovoltaique.info datée de décembre 2024. Les revenus ainsi rattachés n'ouvrent pas droit à la déduction pour épargne de précaution ni aux abattements de l'article 73 B. À 1,1 c€/kWh, ces recettes sont de toute façon marginales : un projet bâti sur l'autoconsommation n'a presque pas de produit de vente, ce qui simplifie la question.
Les cotisations sociales
Le rattachement fiscal au bénéfice agricole et l'assiette des cotisations sont deux sujets. Renvoyez l'exploitant à son comptable et à sa caisse de MSA, sans affirmer de règle à sa place.
La TVA
Le taux de 5,5 % de l'article 278-0 bis P du CGI s'applique à la livraison et à l'installation, dans des logements, d'équipements de 9 kWc ou moins. Un bâtiment d'élevage n'est pas un logement : votre facture est à 20 %, et la récupération de cette TVA dépend du régime de l'exploitation. Si la maison d'habitation est sur le même compteur que la ferme, la question de l'affectation se pose avant la facture, pas après ; les cas limites sont dans TVA 5,5 % photovoltaïque : conditions pour l'installateur.
Ce que le devis doit montrer
- Le point de livraison concerné et les bâtiments qu'il alimente.
- La courbe de charge mesurée, avec les usages identifiés et ceux qui seront déplacés.
- La production horaire simulée sur la toiture réelle, masques compris, et le taux d'autoconsommation qui en découle.
- La puissance retenue, la somme P + Q du site et le régime applicable (tarif S21 modifié, ou appel d'offres au-delà de 100 kWc).
- Le raccordement : au-delà de 36 kVA, la procédure change, voir Raccordement photovoltaïque 36-100 kWc : PTF, coûts, délais.
- Les points traités ailleurs mais indispensables : structure, couverture, amiante (Amiante et fibrociment : poser du PV sans faute), assurance de l'exploitation.
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Méthode et sources
Les tarifs, le seuil de 100 kWc, la règle P + Q et le délai de 24 mois viennent des pages de photovoltaique.info consultées le 25 octobre 2026 (mises à jour des 17 et 23 juin 2026). L'article 75 du CGI, l'article 278-0 bis P et l'article L. 315-1 du code de l'énergie ont été lus dans les copies de codes.droit.org (CGI au 1er septembre 2026, code de l'énergie au 23 octobre 2026) ; l'absence de l'article 75 A y a été constatée. Le tableau des usages est qualitatif : il ne donne aucune consommation type, parce que celle-ci n'existe pas sans mesure. Cet article ne couvre ni l'urbanisme et la structure du bâtiment, ni les sites isolés non raccordés, ni l'agrivoltaïsme, ni les installations flottantes.
Ce qu'il faut retenir
- Depuis le 5 juin 2026, surplus et vente totale valent 1,1 c€/kWh de 0 à 100 kWc : le PV d'élevage se dimensionne sur la consommation diurne, mesurée sur la courbe de charge du point de livraison.
- Ventilation, séchage, groupe froid et pompage diurne portent le projet ; la traite du matin et du soir ne le porte pas.
- En pisciculture, l'aération continue n'est couverte qu'en journée ; le secours existant reste obligatoire.
- La puissance de référence est la somme P + Q des installations du même site, et l'installation doit être achevée dans les 24 mois de la demande complète.
- Article 75 du CGI : recettes accessoires rattachables au bénéfice agricole sous 50 % des recettes agricoles et 100 000 € en moyenne triennale ; l'article 75 A n'existe plus.
- TVA à 20 % sur un bâtiment d'élevage, le 5,5 % étant réservé aux logements.
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Créer mon compte gratuit Voir les fonctionnalitésQuestions fréquentes
Un éleveur peut-il encore vendre la totalité de sa production ?
Au-dessus de 9 kWc et jusqu'à 100 kWc, oui, mais au même prix que le surplus : 1,1 c€/kWh pour les demandes complètes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026, selon photovoltaique.info. De 100 à 500 kWc, le projet passe par l'appel d'offres simplifié de la CRE, sur le seul critère du prix. Sous 100 kWc, la vente totale ne finance plus un projet : c'est la consommation de l'exploitation qui le fait.
Les recettes de vente d'électricité sont-elles des bénéfices agricoles ?
Pas par nature. L'article 75 du CGI autorise l'exploitant soumis à un régime réel à les prendre en compte dans son bénéfice agricole si la moyenne des recettes accessoires commerciales et non commerciales des trois années civiles précédentes n'excède ni 50 % de la moyenne des recettes agricoles, ni 100 000 €. Au-delà, elles relèvent des BIC. La qualification des revenus et son effet sur les cotisations sociales se règlent avec le comptable de l'exploitation et la MSA, pas sur le devis.
Faut-il un compteur par bâtiment ?
L'autoconsommation individuelle suppose que producteur et consommateur soient la même personne sur un même site (code de l'énergie, art. L. 315-1). Si la stabulation et la maison d'habitation ont des points de livraison distincts, une installation raccordée sur l'un n'alimente pas l'autre : la courbe de charge à mesurer est celle du point de livraison qui recevra l'onduleur.
Un bâtiment en projet peut-il être compté ?
Le tarif suppose une installation achevée moins de 24 mois après la demande complète de raccordement (photovoltaique.info, page de l'arrêté tarifaire en vigueur). Pour un hangar neuf, ne déposez pas la demande de raccordement avant d'avoir un calendrier de construction crédible, et lisez les règles d'urbanisme du bâtiment agricole avant le devis.
Sources
- photovoltaique.info, tarifs de vente et primes ≤ 100 kWc depuis le 5 juin 2026 (mise à jour du 17/06/2026)
- photovoltaique.info, arrêté tarifaire en vigueur : puissance P + Q, même site, délai d'achèvement de 24 mois (mise à jour du 17/06/2026)
- photovoltaique.info, appel d'offres simplifié 100-500 kWc : principes et conditions d'éligibilité (mise à jour du 23/06/2026)
- Code général des impôts, article 75 (recettes accessoires des exploitants agricoles, rédaction issue de la loi n° 2018-1317), copie codes.droit.org du 01/09/2026
- Code général des impôts, article 278-0 bis (P : TVA 5,5 % photovoltaïque dans les logements)
- Code de l'énergie, article L. 315-1 (autoconsommation individuelle, installation détenue par un tiers), copie codes.droit.org du 23/10/2026
- photovoltaique.info, exploitant agricole : choisir son régime d'imposition (mise à jour du 05/12/2024)