Chantier & sous-traitance
Marge réelle d'un chantier photovoltaïque : méthode de calcul
Matériel au prix réel, main-d'œuvre chargée et pointée, sous-traitance, échafaudage, SAV provisionné : exemple chiffré sur 6 kWc avec hypothèses explicites.

La préparation matériel d'un chantier : la nomenclature du devis, à réserver ou commander.
L’essentiel
- La marge d'un chantier se calcule sur les coûts réellement engagés (factures fournisseur, heures pointées, location, déchets), pas sur le prix catalogue ni sur le temps prévu au devis.
- La main-d'œuvre se compte au taux horaire chargé (salaire brut, cotisations patronales, congés et frais liés au salarié) et inclut les trajets et les heures de reprise.
- Sur l'exemple de 6 kWc présenté, avec des hypothèses posées une à une, la marge sur coûts directs ressort à 36 % et la marge après imputation des frais fixes à 24 % ; deux aléas courants la ramènent sous 15 %.
- La marge par chantier diverge de la marge globale de l'entreprise parce que les frais fixes, le SAV et les chantiers mal vendus se répartissent de façon inégale.
- Sans pointage des heures et rapprochement des factures d'achat par chantier, la marge affichée est une estimation, jamais une mesure.
La plupart des installateurs connaissent leur marge « devis » : prix de vente moins matériel au tarif fournisseur moins un forfait de pose. Peu connaissent leur marge « chantier » : ce qui reste une fois payées les factures réelles, les heures pointées, la location d'échafaudage prolongée par la pluie, la benne, le déplacement pour lever une réserve, et la part de frais fixes que ce chantier doit porter. L'écart entre les deux explique des exercices où chaque chantier semblait rentable et où le compte de résultat dit le contraire. Cet article propose une méthode de calcul et un exemple sur 6 kWc dont toutes les hypothèses sont posées à découvert ; aucun chiffre n'est présenté comme une moyenne de marché.
Ce qu'il faut compter, poste par poste
| Poste | Ce que l'on compte souvent | Ce qu'il faut compter |
|---|---|---|
| Matériel | Prix catalogue du fournisseur | Prix facturé après remise, port, éco-participation ; casse et chutes ; matériel sorti du stock au coût d'achat réel |
| Main-d'œuvre | Forfait de pose « habituel » | Heures pointées × taux horaire chargé, trajets compris, plus les heures de reprise et de réserve |
| Sous-traitance | Montant du devis du poseur | Factures du sous-traitant, plus votre temps de contrôle et de coordination |
| Moyens de chantier | Rien, ou un forfait | Location d'échafaudage ou de nacelle pour la durée réelle, transport, benne et déchets, petit outillage consommé |
| Administratif | Rien | Étude, visite technique, devis, déclaration préalable, dossier Enedis, attestation Consuel, contrat d'achat, temps de relance |
| Garanties et SAV | Rien | Provision pour interventions de parfait achèvement et pannes hors garantie fabricant |
| Commercial | Rien | Coût d'acquisition du client, temps de rendez-vous, devis non signés rapportés aux devis signés |
| Frais fixes | Rien | Quote-part de loyer, véhicules, assurances (dont la décennale), logiciels, gérance, comptabilité |
Les trois premières lignes sont des coûts directs, mesurables chantier par chantier. Les suivantes sont des coûts indirects, que l'on doit répartir selon une clé, et c'est là que la marge par chantier commence à diverger de la marge globale.
Le taux horaire chargé
Le taux horaire chargé n'est pas le salaire horaire brut. Il se construit ainsi :
- Salaire brut annuel du poseur.
- Cotisations patronales : le taux dépend du niveau de salaire et des allègements applicables ; les barèmes sont publiés par l'URSSAF et résumés sur entreprendre.service-public.fr. Dans le BTP, ajoutez la cotisation à la caisse de congés payés et la cotisation intempéries (taux CIBTP de l'année, propre à votre caisse régionale).
- Frais liés au salarié : indemnités de trajet et de repas, EPI, formation (habilitation électrique, R408), médecine du travail.
- Heures réellement productives : 1 607 heures théoriques, moins congés, jours fériés, formation, intempéries, temps morts. Une hypothèse de 1 450 heures productives est courante en pose ; la vôtre se lit dans vos pointages.
Le taux horaire chargé est la somme des points 1 à 3 divisée par le point 4. Pour l'exemple ci-dessous, nous posons 32 € par heure productive. Ce n'est pas une moyenne de marché ; c'est une hypothèse qu'il faut remplacer par votre propre calcul.
Exemple chiffré : 6 kWc en surimposition sur tuiles
Hypothèses de vente et de chantier :
- Maison individuelle, toiture tuiles à 30°, deux pans accessibles, rive à 6 m.
- 14 modules de 430 Wc (6,02 kWc), micro-onduleurs, monitoring, coffret AC, déclaration préalable, Consuel, raccordement en autoconsommation avec vente du surplus.
- Prix de vente : 12 000 € HT (hypothèse ; la TVA n'entre pas dans la marge).
- Équipe : deux poseurs pendant deux jours, un électricien BR pendant une journée.
- Distance dépôt-chantier : 40 km, trois allers-retours.
Coûts directs
| Poste | Détail (hypothèses) | Montant HT |
|---|---|---|
| Modules | 14 × 95 € (prix facturé, port inclus) | 1 330 € |
| Micro-onduleurs et passerelle | 14 × 105 € + 250 € | 1 720 € |
| Structure et fixations | Rails, crochets, abergements | 900 € |
| Câblage, coffret AC, protections | Câble, disjoncteur, différentiel, parafoudre si requis | 550 € |
| Petit matériel et casse | 2 % du matériel | 90 € |
| Sous-total matériel | 4 590 € | |
| Pose | 2 poseurs × 16 h × 32 € | 1 024 € |
| Électricien | 8 h × 32 € | 256 € |
| Trajets | 3 A/R × 80 km × 0,45 €/km + 6 h de route × 32 € | 300 € |
| Sous-total main-d'œuvre | 1 580 € | |
| Échafaudage de pied | Location 4 jours, livraison, montage par l'équipe | 450 € |
| Déchets et emballages | Dépôt en déchetterie professionnelle | 60 € |
| Sous-total moyens de chantier | 510 € | |
| Total coûts directs | 6 680 € |
Marge sur coûts directs : 12 000 − 6 680 = 5 320 €, soit 44 % du prix de vente. C'est le chiffre que donne un devis bien construit, et c'est celui qui flatte.
Coûts indirects affectés au chantier
| Poste | Détail (hypothèses) | Montant HT |
|---|---|---|
| Administratif | 10 h (étude, visite, devis, DP, Enedis, Consuel, contrat d'achat) × 35 € | 350 € |
| Attestation Consuel | Redevance | grille consuel.com en vigueur, ≈ 150 € |
| Commercial | Coût d'acquisition du dossier signé, rendez-vous, devis perdus | 500 € |
| Provision SAV et parfait achèvement | 2 % du prix de vente | 240 € |
| Total coûts indirects affectés | 1 240 € |
Marge après coûts affectés : 5 320 − 1 240 = 4 080 €, soit 34 %.
Frais fixes
Hypothèse : frais fixes annuels de l'entreprise (loyer, véhicules, assurances dont décennale, logiciels, comptabilité, rémunération du gérant) de 90 000 €, pour 60 chantiers par an, soit 1 500 € par chantier en clé simple.
Marge nette du chantier : 4 080 − 1 500 = 2 580 €, soit 21,5 %.
Résumé :
| Niveau | Montant | Taux |
|---|---|---|
| Marge sur coûts directs | 5 320 € | 44 % |
| Marge après coûts affectés | 4 080 € | 34 % |
| Marge nette après frais fixes | 2 580 € | 21,5 % |

Le même chantier avec deux aléas ordinaires
Reprenons l'exemple avec deux événements qui n'ont rien d'exceptionnel :
- une journée de pluie qui interrompt la pose (le code du travail impose l'arrêt en cas de conditions météorologiques dangereuses, art. R. 4323-68) : deux jours de location d'échafaudage en plus (+ 150 €), une demi-journée de deux poseurs perdue (+ 256 €), un trajet supplémentaire (+ 100 €) ;
- une réserve à la réception (micro-onduleur muet sur le monitoring) qui exige un retour d'un technicien : 4 h + trajet (+ 230 €).
| Niveau | Montant | Taux |
|---|---|---|
| Marge sur coûts directs | 4 584 € | 38 % |
| Marge après coûts affectés | 3 344 € | 28 % |
| Marge nette après frais fixes | 1 844 € | 15 % |
Six points de marge nette perdus sur des aléas que le devis ne prévoyait pas. Multipliez par la part de chantiers qui en subissent au moins un, et vous avez l'écart entre la marge que vous croyez faire et celle que votre expert-comptable constate.
Sous-traitance : ce qui change dans le calcul
Si la pose est confiée à un sous-traitant facturé 1 900 € HT pour le même chantier (hypothèse), le sous-total main-d'œuvre disparaît au profit de cette facture, mais trois lignes apparaissent : votre temps de contrôle sur site (2 h), le risque de reprise si le sous-traitant ne revient pas, et les vérifications administratives décrites dans notre article sur la sous-traitance photovoltaïque. La marge sur coûts directs passe de 5 320 € à environ 4 936 €, à comparer à la capacité d'absorber un chantier de plus dans la semaine. La sous-traitance se juge en marge par semaine d'équipe disponible, pas en marge par chantier.

Pourquoi la marge par chantier diverge de la marge globale
Quatre mécanismes :
- La clé de répartition des frais fixes. 1 500 € par chantier suppose 60 chantiers ; si l'année en compte 45, chaque chantier devait en porter 2 000 €. La marge par chantier calculée en janvier est fausse en décembre.
- Les coûts orphelins. Visites techniques sans devis, devis non signés, SAV sur des chantiers d'il y a trois ans, stock déprécié, remises de fin de négociation : ils n'apparaissent dans aucun chantier et pèsent tous dans le global.
- Le mix. Un petit chantier de 3 kWc porte les mêmes frais administratifs qu'un 9 kWc ; la marge en pourcentage y est structurellement plus faible.
- Le décalage temporel. La provision SAV de 2 % est une hypothèse ; la charge réelle arrive dans l'année de parfait achèvement (code civil, art. 1792-6) et parfois au-delà, sur un chantier déjà clos en comptabilité.
Il ne s'agit pas de choisir entre les deux mesures : la marge sur coûts directs juge le chantier et l'équipe, la marge globale juge l'entreprise. Ce qui compte est de passer de l'une à l'autre avec les mêmes données.
Ce que cela suppose comme organisation
- Un pointage des heures par chantier, y compris trajets et retours SAV, saisi le jour même par l'équipe.
- Un rapprochement des factures fournisseur avec le chantier, et non un prix catalogue figé dans le devis.
- Une ligne « moyens de chantier » distincte au devis, avec la durée de location prévue, pour mesurer l'écart réel.
- Une fiche de chantier qui garde le devis, les achats, les heures, les réserves et le PV de réception au même endroit ; c'est l'objet de notre article sur la gestion de chantier photovoltaïque. Un logiciel comme Kaelo rapproche ces données par chantier ; un tableur tenu avec rigueur le fait aussi, à condition d'être alimenté le soir même.
- Une revue mensuelle des chantiers clos : marge prévue au devis, marge sur coûts directs constatée, écart et cause de l'écart.
Ce qu'il faut retenir
- La marge réelle se calcule sur les factures et les heures pointées, avec un taux horaire chargé propre à l'entreprise, pas sur le prix catalogue et un forfait de pose.
- Séparez trois niveaux : marge sur coûts directs (juge le chantier), marge après coûts affectés (administratif, commercial, SAV), marge nette après frais fixes (juge l'entreprise).
- Sur l'exemple de 6 kWc, les hypothèses posées donnent 44 %, 34 % et 21,5 % ; deux aléas ordinaires ramènent la marge nette à 15 %.
- La marge globale diverge des marges par chantier à cause de la clé de répartition, des coûts orphelins, du mix de chantiers et du décalage du SAV.
- Sans pointage quotidien et rapprochement des achats par chantier, la marge affichée reste une estimation.
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Créer mon compte gratuit Voir les fonctionnalitésQuestions fréquentes
Quel taux horaire chargé retenir pour un poseur ?
Celui de votre entreprise, calculé à partir du salaire brut, des cotisations patronales (dont les caisses de congés payés du BTP), des indemnités de trajet et de repas, des EPI et de la formation, divisé par les heures réellement productives de l'année (hors congés, intempéries, formation). Le chiffre varie fortement d'une entreprise à l'autre ; l'exemple de l'article utilise 32 € de l'heure comme hypothèse, pas comme référence de marché.
Faut-il imputer la décennale et le loyer à chaque chantier ?
Oui, si vous voulez une marge nette par chantier. La méthode la plus simple est un taux de frais fixes appliqué au chiffre d'affaires ou aux heures de main-d'œuvre. Elle a une limite : un chantier n'est pas plus « cher » en loyer parce qu'il est vendu plus cher. Distinguez donc toujours la marge sur coûts directs, qui juge le chantier, de la marge nette, qui juge l'entreprise.
Pourquoi ma marge globale en fin d'année est-elle inférieure à la moyenne de mes marges par chantier ?
Parce que les coûts que vous n'affectez à aucun chantier finissent tous dans le résultat global : reprises SAV sur des chantiers anciens, visites techniques sans suite, stocks dépréciés, temps de gérance, remises consenties en fin de négociation. Chaque chantier paraît rentable, l'année l'est moins ; l'écart mesure précisément ce que vous n'imputez pas.