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Étude & calepinage

Calepinage photovoltaïque : règles pratiques pour l'installateur

Marges aux rives et au faîtage, zones de vent Eurocode, portrait ou paysage, obstacles, ombrage inter-rangées, strings homogènes : les règles de calepinage.

Publié le · 9 min de lecture · Rédaction Kaelo

Plan de montage d'une zone : 9 modules sur 10,37 m, onduleur partagé, strings et optimiseurs

Le plan de montage par zone : 9 modules, câblage, onduleur et fixations calculés sur le toit réel.

L’essentiel

  • Le calepinage se fait dans la zone courante du toit : les bandes de rive, d'égout et de faîtage sont soumises à des dépressions de vent plus fortes (zones F, G, H, I, J de l'Eurocode 1) et la notice du système de fixation y impose des marges ou des fixations renforcées.
  • La France est découpée en 4 régions de vent (vitesse de référence de 22 à 28 m/s selon NF EN 1991-1-4/NA) et en catégories de rugosité de terrain ; ce couple fixe le nombre et l'entraxe des fixations, jamais l'inverse.
  • Portrait ou paysage n'est pas une question d'esthétique : c'est la notice du système de fixation, le sens des rails et la position des liteaux qui tranchent.
  • Sur toit plat, l'entraxe des rangées dérive de la hauteur du module incliné et de la hauteur du soleil au midi solaire d'hiver ; l'ombre portée au 21 décembre vaut la hauteur du bord haut divisée par la tangente de la hauteur du soleil (souvent 2 à 3,5 fois cette hauteur en France), à laquelle s'ajoute l'emprise du module ; la formule complète est dans le guide sur l'ombrage inter-rangées.
  • Chaque chaîne doit être homogène en orientation, inclination et ombrage ; sinon, on passe aux optimiseurs ou aux micro-onduleurs, ou on redécoupe les MPPT.

Un calepinage correct tient en une phrase : placer le maximum de modules dans la zone courante du toit, en respectant les marges imposées par le système de fixation dans les zones de bord, sans créer d'ombrage entre modules ni de chaînes hétérogènes. Tout le reste découle de trois documents que vous devez avoir sous la main : la notice ou l'Avis Technique du système de fixation, le DTU de la couverture concernée (NF DTU 40.21 pour la tuile terre cuite à emboîtement, NF DTU 40.11 pour l'ardoise, NF DTU 43.1 pour l'étanchéité des toitures-terrasses, par exemple) et l'Eurocode 1 partie 1-4 pour le vent. Cet article donne les règles pratiques et les ordres de grandeur, sans se substituer à ces textes.

Les zones du toit : où l'on pose et où l'on ne pose pas

L'Eurocode NF EN 1991-1-4 découpe une toiture à deux versants en zones de pression F, G, H, I, J. Les zones F et G (angles et bord au vent, côté égout) et J (faîtage) subissent les coefficients de dépression les plus élevés ; la zone H, la zone courante du versant, est la moins sollicitée. Un module posé en zone F voit une dépression qui peut être plusieurs fois celle de la zone H. C'est pour cette raison que les notices de fixation, dimensionnées zone par zone, imposent soit d'exclure les bandes de bord, soit d'y multiplier les crochets et de réduire l'entraxe.

La largeur des bandes de bord n'est pas fixe : elle dépend de la hauteur du bâtiment et de sa largeur (le paramètre « e » de l'Eurocode, égal au minimum de la largeur au vent et de deux fois la hauteur). Elle se calcule avec les dimensions réelles du bâtiment : ne reprenez jamais une valeur type d'un chantier à l'autre. Retenez la règle de travail :

  • Rives latérales : rester hors de la bande de bord définie par la notice ; ne jamais faire dépasser un module de la couverture.
  • Égout : conserver l'accès à la gouttière et le bon écoulement ; les notices fixent une distance minimale à l'égout, souvent liée au premier rang de liteaux.
  • Faîtage : laisser le faîtage libre pour la ventilation de la couverture et le passage des closoirs ; une bande sous le faîtage est en général exclue.
  • Noues et arêtiers : zone interdite pour les crochets, l'étanchéité y est déjà complexe.

Les distances exactes se lisent dans la notice du procédé et dans son Avis Technique, son ETN ou son DTA. Un calepinage qui les ignore engage la responsabilité de l'installateur en cas d'arrachement.

Vent et neige : les données d'entrée du dimensionnement

L'annexe nationale française de l'Eurocode 1-4 définit quatre régions de vent, avec les vitesses de référence suivantes :

RégionVitesse de référence vb,0
122 m/s
224 m/s
326 m/s
428 m/s

Le zonage est établi par canton ou département ; les outils en ligne des éditeurs de logiciels de structure permettent de le retrouver depuis une adresse. À la région s'ajoutent la catégorie de rugosité du terrain (0 en mer, II en rase campagne, IIIa, IIIb et IV en zone urbaine dense) et l'altitude. Le triplet région, rugosité, hauteur du bâtiment donne la pression dynamique de pointe, que la notice de fixation traduit en nombre de crochets par module et en entraxe de rails.

La neige suit le même principe avec les régions de neige de l'Eurocode NF EN 1991-1-3 et l'altitude. Au-delà de 900 m environ, la charge de neige devient dimensionnante et peut interdire certains systèmes ou imposer des rails renforcés ; le seuil exact est celui de la notice du procédé de fixation.

Conséquence : un pan en région 4, terrain de catégorie II, sur deux niveaux, aura des bandes de bord plus larges et plus de crochets qu'un pan en région 1 en zone urbaine. Un logiciel qui calepine sans connaître la zone de vent surestime la puissance posable.

Portrait ou paysage

Le choix n'est pas esthétique. Il découle de trois contraintes :

  1. Le sens des rails et des liteaux. En surimposition sur tuile, les crochets se fixent sur les chevrons, les rails sont horizontaux et les modules se posent en portrait sur deux rails. Poser en paysage impose des rails verticaux ou un troisième rail, donc plus de crochets et plus de traversées d'étanchéité.
  2. La notice du module. Les fabricants précisent les zones de serrage admises (clamps) en portrait et en paysage, avec des charges mécaniques différentes selon la position des pinces. Un serrage hors zone annule la garantie mécanique.
  3. L'ombrage partiel. Les modules en trois substrings (diodes de by-pass) réagissent différemment : en portrait, une ombre montante depuis l'égout neutralise les trois substrings ; en paysage, une ombre latérale n'en touche qu'une. Sur un pan avec cheminée ou masque bas, le paysage peut limiter la perte.

Obstacles : cheminées, velux, ventilations

Chaque obstacle génère deux exclusions : sa propre emprise plus une marge de pose, et son ombre portée. L'emprise se traite avec une marge de l'ordre de la dizaine de centimètres pour le passage des mains et des outils, davantage autour d'une fenêtre de toit pour conserver son ouverture et son entretien.

L'ombre portée se calcule avec la hauteur de l'obstacle et l'orientation du pan. Une cheminée d'un mètre au-dessus de la couverture porte, au midi solaire d'hiver à 45° de latitude nord, une ombre de plus de deux mètres sur un toit plat, moins sur un pan incliné qui « remonte » vers le soleil. La règle pratique : un module partiellement ombragé plusieurs heures par jour en hiver perd plus qu'il ne rapporte s'il est dans une chaîne avec des modules non ombragés. Il vaut mieux le retirer ou l'isoler sur un optimiseur.

Les sorties de ventilation, antennes et conduits de VMC sont souvent découverts à la pose ; le LiDAR HD et l'orthophoto les révèlent dès l'étude.

Détail de la nomenclature par pan de toiture : modules, onduleur et MPPT, fixation, support porteur, rails
Le détail par zone : chaque pan a ses modules, son MPPT, sa fixation et ses rails, justifiés.

Chemins de circulation et sécurité

Sur toit plat, conservez un chemin de circulation entre les champs et le long des acrotères pour la maintenance et l'accès aux équipements techniques. La largeur à réserver est fixée par la notice du châssis et les règles de sécurité du site. Sur les établissements recevant du public et les bâtiments industriels, des règles spécifiques d'accès pompiers et de compartimentage peuvent s'appliquer et se vérifient avant tout calepinage.

Sur toit incliné en résidentiel, un accès au faîtage et aux équipements existants doit rester possible sans marcher sur les modules.

Ombrage inter-rangées sur toit plat

Pour des modules inclinés d'un angle β, de longueur L dans le sens de la pente, la hauteur du bord haut vaut h = L × sin β. L'ombre portée vers l'arrière au midi solaire vaut h / tan α, où α est la hauteur du soleil. On dimensionne avec α au solstice d'hiver : α = 90° − latitude − 23,45°.

Latitudeα au 21 décembre, midi solaireOmbre pour h = 0,5 m
43° (Marseille)23,5°1,15 m
45° (Lyon, Bordeaux)21,5°1,27 m
49° (Paris, Lille)17,5°1,59 m

L'entraxe entre rangées est la somme de la projection horizontale du module (L × cos β) et de l'ombre acceptée. Viser zéro ombre au solstice d'hiver coûte cher en surface ; la pratique courante accepte un ombrage partiel de quelques semaines d'hiver, où la production est faible. Les châssis est-ouest à faible inclinaison (10 à 15°) contournent le problème avec un entraxe quasi nul et une densité de puissance au m² nettement supérieure, au prix d'une production annuelle par kWc inférieure. Le bon arbitrage se fait en kWh produits par mètre carré de toiture, pas en kWc posés.

Trajectoire solaire et heatmap annuelle d'ombrage heure par heure
L'ombrage heure par heure sur l'année, calculé sur la géométrie réelle du site.

Strings homogènes ou électronique au niveau module

Une chaîne (string) est limitée par le module le plus faible. Trois règles :

  • Même orientation et même inclinaison dans une chaîne. Deux pans différents vont sur deux MPPT distincts ou sur des optimiseurs.
  • Même profil d'ombrage. Un module ombragé le matin dans une chaîne de modules dégagés tire toute la chaîne vers le bas pendant l'ombre, malgré les diodes de by-pass.
  • Même modèle de module. Pas de mélange de puissances ou de technologies dans une chaîne.

Le nombre de modules par chaîne se calcule avec la tension à vide corrigée de la température minimale du site (la tension monte à froid) contre la tension maximale d'entrée de l'onduleur, et avec la tension MPP à chaud contre le bas de la plage MPPT. Le guide UTE C15-712-1 et sa mise à jour de 2024-2025 donnent la méthode et les coefficients.

Quand le toit impose plus de deux orientations ou des ombres mobiles, les micro-onduleurs ou les optimiseurs rendent le calepinage libre : chaque module produit pour lui-même. Le surcoût se juge contre la production récupérée, calculée par simulation module par module, pas au jugé.

Rendement surfacique : la mesure qui compte

Le client raisonne en kWc ; l'installateur doit raisonner en kWh par m² de toit et par euro. Un module de 2 m² à 440 Wc représente une densité d'environ 220 Wc/m² de surface de module (à recalculer avec les dimensions et la puissance du module réellement proposé). Sur le toit, les marges de bord, les obstacles et les entraxes ramènent la densité réelle entre 100 et 180 Wc/m² de pan exploitable selon les cas ; étalonnez cet ordre de grandeur sur vos propres chantiers.

Deux calepinages de même puissance ne produisent pas la même chose. Comparez-les sur la production annuelle simulée avec masques, le nombre de traversées d'étanchéité et le nombre de MPPT nécessaires. Le calepinage qui gagne est rarement celui qui pose le plus de modules.

Ce qu'il faut retenir

  • Les bandes de rive, d'égout et de faîtage sont des zones de dépression de vent élevée ; la notice, l'Avis Technique ou l'ETN du système de fixation fixent les marges et les fixations, pas une règle générale.
  • La région de vent (4 régions, 22 à 28 m/s de vitesse de référence), la rugosité du terrain et la hauteur du bâtiment sont des données d'entrée obligatoires du calepinage.
  • Portrait ou paysage se décide par le système de fixation, les zones de serrage du module et le profil d'ombrage, jamais par l'esthétique seule.
  • Sur toit plat, l'entraxe des rangées se calcule avec la hauteur du soleil au solstice d'hiver à la latitude du site ; l'arbitrage se fait en kWh par m² de toiture.
  • Une chaîne est homogène en orientation, inclinaison, ombrage et modèle de module ; sinon, MPPT séparés, optimiseurs ou micro-onduleurs.

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Questions fréquentes

Quelle distance laisser entre les modules et la rive du toit ?

Il n'existe pas de valeur unique dans un texte réglementaire. La marge dépend de la zone de vent, de la hauteur du bâtiment et du système de fixation : c'est la notice ou l'Avis Technique / ETN du procédé qui fixe la distance de rive et le mode de fixation dans les zones de bord. En pratique, les notices demandent couramment de rester en dehors d'une bande de bord et de quelques dizaines de centimètres au minimum.

Peut-on mélanger portrait et paysage sur un même pan ?

Techniquement oui si le système de fixation l'autorise, mais cela complique l'étanchéité des crochets, allonge le temps de pose et crée deux populations de modules à ombrage différent. On le réserve aux toits avec obstacles où c'est le seul moyen d'atteindre la puissance visée.

Combien de modules par string et peut-on mettre deux orientations sur un même MPPT ?

Le nombre de modules par chaîne est borné par la plage de tension MPPT et la tension maximale d'entrée de l'onduleur, en tenant compte de la tension à vide à froid (la fiche onduleur et le guide UTE C15-712-1 donnent la méthode). Deux orientations sur un même MPPT dégradent la production de la chaîne la plus favorable ; on sépare les orientations par MPPT ou on passe à l'électronique au niveau module.

Sources