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Autoconsommation collective : le cadre 2026 pour l'installateur

Autoconsommation collective : article L315-2, PMO, périmètre 2/10/20 km, 5 MW, convention Enedis, clés de répartition 2026, TURPE, accise à 0 €.

Publié le · 10 min de lecture · Rédaction Kaelo

Indicateurs du rapport financier : puissance, production P50, TRI, VAN, temps de retour, taux d'autoconsommation et d'autoproduction

Les indicateurs du rapport financier : production P50, TRI, VAN, temps de retour, autoconsommation.

L’essentiel

  • L'article L315-2 du code de l'énergie définit l'autoconsommation collective : producteurs et consommateurs liés au sein d'une personne morale organisatrice (PMO), dans un même bâtiment ou, en opération étendue, sous conditions de distance et de puissance.
  • Par défaut, une opération étendue tient dans 2 km entre les participants les plus éloignés et sous 5 MW cumulés ; 20 km sans dérogation si un service d'incendie et de secours participe ; 10 ou 20 km (communes périurbaines ou rurales) et jusqu'à 10 MW (communes et EPCI) sur dérogation.
  • La PMO signe la convention d'autoconsommation collective avec Enedis et lui transmet la clé de répartition ; depuis le décret du 26 juin 2026, les nouvelles opérations n'ont plus accès aux clés dynamiques ex-post.
  • Le TURPE reste dû sur chaque kWh affecté, avec une option tarifaire spécifique réservée aux opérations situées sous un même poste HTA/BT ; l'accise est à 0 €/MWh pour les installations de moins de 1 MWc, confirmé par le Conseil d'État en mars 2026.
  • Pour l'installateur, l'autoconsommation collective est un projet d'étude autant que de pose : courbes de charge, dimensionnement sur la consommation agrégée, accompagnement de la PMO et des démarches Enedis.

L'autoconsommation collective permet de partager la production d'une ou plusieurs installations entre plusieurs consommateurs proches, via le réseau public, sans câble privé entre eux. Le cadre est fixé par les articles L315-2 et suivants du code de l'énergie : une personne morale organisatrice (PMO) lie producteurs et consommateurs, signe une convention avec Enedis et lui transmet la clé de répartition. Les règles ont bougé en 2025 et 2026 : seuil de puissance relevé à 5 MW, accise à 0 €/MWh confirmée par le Conseil d'État, nouvelles règles d'affectation depuis le 1er juillet 2026. Voici ce que vous devez savoir pour proposer ce type de projet sans vous tromper de montage.

Ce que dit le code de l'énergie

L'article L315-2 du code de l'énergie, cité par photovoltaique.info, distingue deux types d'opérations.

L'opération « par défaut » se tient dans un bâtiment : elle est collective « lorsque la fourniture d'électricité est effectuée entre un ou plusieurs producteurs et un ou plusieurs consommateurs finals liés entre eux au sein d'une personne morale et dont les points de soutirage et d'injection sont situés dans le même bâtiment, y compris des immeubles résidentiels ». Ce bâtiment peut être raccordé en basse tension ou en HTA, et aucune limite de puissance ne s'applique.

L'opération « étendue » réunit des participants situés dans des bâtiments différents. Ses critères, « notamment de proximité géographique », sont fixés par arrêté du ministre chargé de l'énergie après avis de la CRE. Quand l'électricité fournie est d'origine renouvelable, les points de soutirage et d'injection peuvent être situés sur le réseau public de distribution, donc en basse tension comme en HTA.

photovoltaique.info rappelle qu'il s'agit d'un mode de valorisation économique, pas d'une répartition physique : c'est la facturation qui change, pas le chemin des électrons.

Périmètre et puissance : le tableau à connaître

L'arrêté du 21 novembre 2019, modifié par les arrêtés du 19 septembre 2023 et du 21 février 2025, fixe les conditions des opérations étendues. L'extension à 20 km avec un service d'incendie et de secours vient de la loi n° 2025-391 du 30 avril 2025, qui a modifié l'article L315-2.

Type d'opérationCondition sur les participantsDistance maximalePuissance cumuléeDérogation
Bâtiment (par défaut)AucuneLe bâtimentPas de limiteNon
Étendue par défautAucune2 km< 5 MWNon
Avec un service d'incendie et de secoursUn producteur ou consommateur est un SIS20 km< 5 MWNon
Communes périurbaines et ruralesTous les participants dans ces communes10 km< 5 MWOui
Communes ruralesTous les participants dans des communes rurales20 km< 5 MWOui
Commune ou EPCI à fiscalité propreUne commune ou un EPCI participe, tous les participants sont des organismes publics, des organismes exerçant une mission de service public ou des SEML et leurs filialesTerritoire de l'EPCI< 10 MWOui

Trois précisions évitent les erreurs de dimensionnement :

  • La distance se mesure entre les participants les plus éloignés, à partir du point de livraison pour un consommateur et du point d'injection pour un producteur.
  • Le seuil de puissance s'applique à l'ensemble des installations de l'opération, pas à chaque installation, et s'exprime en puissance crête pour le photovoltaïque. Dans les zones non interconnectées, il est de 0,5 MW.
  • La classification des communes suit la grille communale de densité de l'INSEE : « rurales » pour les bourgs ruraux et le rural à habitat dispersé ou très dispersé, « périurbaines » pour les petites villes et les ceintures urbaines.

Les dérogations se demandent au ministère chargé de l'énergie, via demarche.numerique.gouv.fr. L'extension avec un service d'incendie et de secours n'en demande pas, mais sa présence doit être signalée au gestionnaire de réseau lors de la déclaration de l'opération.

La PMO : qui la porte, quelle forme

La personne morale organisatrice est obligatoire. Son rôle principal, selon photovoltaique.info, est de définir la clé de répartition de la production entre les producteurs et les consommateurs. Le guide pédagogique d'Enedis est clair sur la forme : « Aucune forme juridique n'est imposée ». Le choix dépend du statut de chacun des participants (particuliers, entreprises, collectivités) et de leur compatibilité avec l'activité de l'entité.

Deux cas particuliers sont prévus par le code :

  • Bailleur social. L'article L315-2-1 permet à un organisme d'habitations à loyer modéré d'être PMO sans créer de nouvelle entité. Les locataires concernés sont inclus par défaut, sauf refus de leur part quand le bailleur les informe (articles R315-12 à R315-16).
  • Communautés d'énergie. Selon l'article L315-2-2, quand l'opération réunit une communauté d'énergie renouvelable ou une communauté énergétique citoyenne, la PMO peut être cette communauté.

Les démarches avec Enedis

photovoltaique.info et Enedis décrivent le même enchaînement :

  1. Raccordement de chaque installation de production, en précisant dans la demande qu'elle participe à une opération d'autoconsommation collective, en injection du surplus ou de la totalité, avec ou sans obligation d'achat.
  2. Constitution de la PMO et collecte des accords de participation des consommateurs (modèle en annexe de la note Enedis-OPE-CF_06E), avec leur consentement à l'utilisation de leurs courbes de charge.
  3. Contrats entre producteurs et consommateurs : vente, cession gratuite ou affectation dans les charges.
  4. Déclaration de l'opération à Enedis (formulaire Enedis-FOR-CF_056E).
  5. Signature de la convention d'autoconsommation collective entre la PMO et Enedis (Enedis-FOR-CF_01E), qui fixe notamment la clé de répartition. À l'issue de la signature, Enedis définit la date de démarrage de l'opération.

Les prérequis techniques listés par Enedis : chaque participant raccordé au réseau public, un compteur communicant chez chacun (Enedis indique que plus de 95 % des clients en sont équipés), un fournisseur pour chaque consommateur, et des producteurs en service rattachés à un responsable d'équilibre. Côté délais, Enedis annonce, une fois l'étude de faisabilité achevée, environ 2 mois pour un raccordement simple et jusqu'à 18 mois pour un raccordement complexe.

Enedis précise aussi qu'au titre de ses missions légales, il ne peut pas intervenir dans les activités ouvertes à la concurrence, comme celles des bureaux d'études. L'étude d'opportunité ne viendra donc pas du gestionnaire de réseau : c'est votre place.

Les clés de répartition après le décret du 26 juin 2026

À chaque pas de 15 minutes, Enedis calcule la production totale et la consommation totale de l'opération, puis répartit la part autoconsommée selon la clé transmise par la PMO. Les articles D315-1 à D315-7 du code de l'énergie posent trois règles :

  • pas de report de surproduction ni de surconsommation d'un pas de temps à l'autre ;
  • l'électricité affectée à un consommateur ne peut pas dépasser ce qu'il a consommé ;
  • sans clé transmise, Enedis répartit au prorata des consommations (article D315-6).

Trois familles de clés existent : par défaut (prorata des consommations, qui favorise les gros consommateurs), statique (coefficients fixes, par exemple les tantièmes, au risque de surplus si un participant est absent) et dynamique (formule propre à la PMO).

Le décret du 26 juin 2026 a changé la donne pour cette dernière. Les nouvelles opérations, c'est-à-dire celles qui n'avaient pas signé de convention avant le 1er juillet 2026, n'ont plus accès aux clés dynamiques ex-post (coefficients transmis après la livraison). Les clés dynamiques doivent désormais être transmises ex-ante. Enedis a ouvert cette transmission le 5 octobre 2026 : la PMO envoie ses coefficients 7 jours ouvrés avant le mois M, puis peut les modifier en cours de mois, avec prise en compte sous 7 jours ouvrés. Les clés « full dynamiques », avec des coefficients différents par producteur, passent obligatoirement par les API du portail Enedis Datahub.

À partir du 1er juillet 2027, d'autres règles s'ajouteront : principe de maximisation (pas de surplus non affecté tant qu'un consommateur a une consommation résiduelle), possibilité d'une « part fixe » affectée hors de l'opération, modifiable seulement tous les 2 ans, et méthode par ordre de priorité. Enedis a publié de premiers éléments sur leur mise en œuvre, encore en attente de précision.

Pour une opération existante, les sources ont varié. La page de photovoltaique.info consacrée au décret indique qu'une opération signée avant le 1er juillet 2026 avec une clé par défaut ou statique ne pourra plus passer en clé dynamique ex-post. Son article du 6 octobre 2026 sur la nouvelle convention Enedis dit l'inverse : ces opérations « ont bien la possibilité de basculer vers les clés dynamiques ex-post durant la vie de l'opération », en notant que ce point diffère du document de consultation. Avant de conseiller un client, lisez la convention Enedis en vigueur.

En-tête du rapport financier : TRI 12,1 %, retour en 9 ans, VAN, LCOE
Le rapport financier : TRI, temps de retour, VAN et LCOE en tête de page.

Ce que paie le consommateur : TURPE, accise, TVA

C'est le point qui décide de l'intérêt économique, et celui sur lequel les clients se trompent le plus.

Le TURPE reste dû. Il est prélevé sur tout kWh soutiré, y compris les kWh affectés de l'opération, même si l'électricité est cédée gratuitement. Le fournisseur du complément le collecte. L'article L315-3 du code de l'énergie prévoit une grille optionnelle spécifique pour les participants : dans sa délibération TURPE 7 HTA-BT du 13 mars 2025, la CRE la réserve aux opérations dont tous les participants sont raccordés en aval du même poste de transformation HTA/BT. Cette grille à quatre plages temporelles réduit le tarif sur les kWh issus de l'opération mais peut augmenter celui du complément de fourniture. La CRE constate qu'elle est « très faiblement voire pas souscrite alors qu'elle serait en très large majorité bénéfique », notamment parce que tous les fournisseurs ne l'ont pas intégrée. Le consommateur éligible doit en faire la demande à son fournisseur. Enfin, tous les participants, producteurs compris, paient une composante de gestion majorée.

L'accise est à 0 €/MWh depuis le 1er mars 2025 pour l'électricité affectée aux consommateurs d'une opération, quand l'installation fait moins de 1 MWc (articles L312-87 et L312-79 du code des impositions sur les biens et services). Un rescrit fiscal de mai 2025 avait voulu exiger une connexion physique directe entre production et consommation ; le Conseil d'État l'a annulé en mars 2026.

La TVA s'applique : l'échange est traité comme une vente d'énergie.

Le surplus collectif, la production non affectée, peut être vendu ou cédé. photovoltaique.info indique que l'arrêté tarifaire du 6 octobre 2021 permet le tarif d'achat sur les kWh non affectés, à condition de renoncer à d'autres aides à l'investissement. La page ne dit pas si l'arrêté tarifaire en vigueur depuis le 5 juin 2026 reprend cette possibilité : vérifiez-le dans son texte avant de chiffrer le surplus d'une nouvelle opération. Les cahiers des charges des appels d'offres publiés depuis 2026 (2025 pour l'appel d'offres simplifié) autorisent aussi une part d'autoconsommation collective.

Dernière ligne du modèle : les frais de gestion de la PMO. Les retours d'expérience cités par photovoltaique.info donnent 1 à 2 c€/kWh pour des opérations à plusieurs participants avec clés dynamiques. Ils sont faibles dans une opération patrimoniale, où une seule entité opère pour son propre compte.

Immeubles et communes : les deux terrains naturels

En copropriété, photovoltaique.info compare quatre options. La vente totale est la plus simple. La vente du surplus via les communs exonère les kWh autoconsommés de taxes et de TURPE, mais les communs consomment peu : il restera beaucoup d'excédent. L'autoconsommation individuelle logement par logement peut augmenter l'investissement jusqu'à 30 %. L'autoconsommation collective évite ce surcoût, au prix d'une vente d'énergie soumise à TVA, accise et TURPE. Avec une clé statique, les coefficients peuvent suivre les tantièmes.

Chez un bailleur social, l'article L315-2-1 simplifie fortement le montage : pas de nouvelle structure, locataires inclus par défaut sauf refus.

Pour une commune ou un EPCI, la dérogation « EPCI à fiscalité propre » permet une opération patrimoniale sur tout le territoire de l'intercommunalité, sans la limite des 2 km, jusqu'à 10 MW sur dérogation, à condition que tous les participants soient publics, chargés d'une mission de service public ou des SEML. Une école, une mairie, un gymnase et une station d'épuration peuvent ainsi partager la production d'une toiture. La participation d'un service d'incendie et de secours ouvre les 20 km sans dérogation.

Ce que l'installateur peut proposer

L'autoconsommation collective ne change pas la pose. Elle change l'étude, la vente et l'accompagnement. Voici ce que vous pouvez apporter concrètement :

  • Une étude d'opportunité fondée sur les courbes de charge des futurs participants (avec leur accord), au pas de 15 minutes, pour estimer la part autoconsommée et le surplus selon la clé retenue. C'est le cœur du dossier, et Enedis ne le fera pas.
  • Un dimensionnement sur la consommation agrégée, pas sur un seul compteur : la bonne puissance est celle qui limite le surplus collectif aux heures où toute l'opération est rassasiée.
  • Une comparaison des clés (par défaut, statique, dynamique ex-ante) sur des données réelles, avec l'impact du TURPE spécifique si les participants sont sous le même poste HTA/BT.
  • Les dossiers de raccordement de chaque installation, en signalant la participation à l'opération dès la demande.
  • Un accompagnement de la PMO : check-list des démarches Enedis, modèle d'accord de participation, calendrier réaliste. Laissez la rédaction des statuts et des contrats de vente à un juriste.
  • La maintenance et le suivi de production, qui conditionnent la confiance des participants dans la durée.

Restez prudent : l'économie de chaque participant dépend du prix fixé par la PMO, du TURPE et de la clé. Présentez des fourchettes calculées, pas une promesse.

Ce qu'il faut retenir

  • Article L315-2 : une PMO obligatoire, un bâtiment sans limite de puissance, ou une opération étendue à 2 km et moins de 5 MW par défaut.
  • 20 km sans dérogation avec un service d'incendie et de secours ; 10 ou 20 km, et jusqu'à 10 MW pour les communes et EPCI, sur dérogation.
  • La PMO signe la convention avec Enedis ; chaque participant doit avoir un compteur communicant.
  • Depuis le 1er juillet 2026, plus de clé dynamique ex-post pour les nouvelles opérations ; transmission ex-ante ouverte depuis le 5 octobre 2026.
  • TURPE dû sur chaque kWh affecté, option spécifique sous un même poste HTA/BT, accise à 0 €/MWh sous 1 MWc, TVA applicable.

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Questions fréquentes

L'installateur peut-il être la personne morale organisatrice ?

Le code de l'énergie impose une personne morale qui lie producteurs et consommateurs ; Enedis précise qu'aucune forme juridique n'est imposée. En pratique, la PMO est le plus souvent une association, une société de projet, la collectivité ou le bailleur. Si vous envisagez de porter vous-même ce rôle, faites valider le montage par un juriste : la PMO répond de la clé de répartition et des données des participants pendant toute la durée de l'opération.

Une installation déjà en service sous contrat d'obligation d'achat peut-elle rejoindre une opération ?

Oui. photovoltaique.info indique qu'il suffit de signaler la participation au gestionnaire de réseau et à l'acheteur, à tout moment de l'exploitation, selon les modalités des contrats. Seuls les kWh non affectés aux consommateurs de l'opération restent vendus à l'acheteur.

Faut-il un compteur Linky chez chaque participant ?

Oui. Le guide pédagogique d'Enedis précise que tous les participants doivent être équipés de compteurs communicants : Enedis calcule l'affectation à partir des courbes de charge, au pas de 15 minutes.

Le consommateur paie-t-il moins de taxes sur l'électricité partagée ?

Sur l'accise, oui : le tarif particulier est de 0 €/MWh pour l'électricité issue d'une installation de moins de 1 MWc et consommée par les participants. En revanche, le TURPE reste dû sur chaque kWh affecté, et l'échange est traité comme une vente d'énergie soumise à la TVA.

Quel délai annoncer au client entre la décision et le démarrage ?

Enedis indique qu'une fois l'étude de faisabilité achevée, la mise en service de l'opération peut demander environ 2 mois pour un raccordement simple et jusqu'à 18 mois pour un raccordement complexe. Ajoutez le temps de constitution de la PMO et de collecte des accords des participants.

Sources