Logiciel
Supervision photovoltaïque : organiser le SAV de vos clients
Monitoring PV côté installateur : portails onduleurs, tri des alertes, diagnostic à distance, production contre simulation, consentement RGPD et contrat de SAV.

La maison témoin de Saucats (Gironde) reconstruite depuis le LiDAR HD de l'IGN, 12 panneaux, 6 kWc.
L’essentiel
- Les portails des fabricants d'onduleurs (Enphase, SolarEdge, Fronius, SMA) donnent à l'installateur des alertes et, selon les modèles, un accès à distance : encore faut-il créer le site sous le compte de l'entreprise dès la mise en service.
- La plupart des alertes se trient en trois familles : perte de communication, baisse de production, défaut matériel. Seule la dernière justifie presque toujours un déplacement.
- Comparer la production mesurée à l'étude se fait mois par mois, pas sur une semaine : la simulation repose sur des moyennes météo pluriannuelles.
- Les données de production et de consommation d'un foyer sont des données personnelles : la CNIL rappelle qu'une courbe au pas de 10 minutes révèle les heures de lever, de coucher et d'absence. Base légale, information et durée de conservation s'écrivent dans le contrat.
- La charte QualiPV vous engage à intervenir « dans des délais rapides » ; au-delà des garanties légales, la supervision se vend par un contrat annuel qui fixe délais, périmètre et exclusions.
Une installation photovoltaïque qui s'arrête un mardi de juin ne prévient personne. Le client s'en aperçoit sur sa facture, des semaines plus tard, et c'est vous qu'il appelle. La supervision existe pour inverser ce scénario : savoir avant le client, diagnostiquer sans se déplacer, et ne mobiliser une équipe que quand c'est utile. Encore faut-il l'avoir organisée dès la mise en service, avec l'accord du client sur ses données, et un contrat qui dit qui paie quoi.
Ce que vous devez déjà, sans contrat
Avant de parler de service payant, rappelons les obligations qui existent de toute façon.
La charte QualiPV, que signent les installateurs qualifiés, comporte deux engagements directement liés au SAV. Le point 7 : remettre au client, à la réception, « les notices et tous documents relatifs aux conditions de garantie et d'entretien/maintenance du générateur ». Le point 9 : en cas d'anomalie signalée par le client, « s'engager à intervenir sur le site dans des délais rapides », dans le cadre des obligations attachées à la garantie de bon fonctionnement.
Les garanties légales, rappelées par service-public, s'ajoutent :
| Garantie | Durée après réception | Ce qu'elle couvre |
|---|---|---|
| Parfait achèvement | 1 an | Désordres signalés au procès-verbal de réception ou apparus dans l'année, hors usure normale |
| Bon fonctionnement | 2 ans minimum, allongeable par contrat | Éléments d'équipement dissociables, qu'on peut retirer sans dégrader le bâti |
| Décennale | 10 ans | Dommages qui compromettent la solidité de l'ouvrage ou le rendent impropre à sa destination |
Aucune source officielle ne range d'office l'onduleur ou les modules (intégrés ou en surimposition) dans l'une ou l'autre de ces garanties : le classement s'apprécie installation par installation. Interrogez votre assureur décennale sur vos cas types. Retenez surtout ceci : pendant la première année, réparer est une obligation. La supervision ne vous en dispense pas, elle vous permet de le faire vite et à moindre coût.
Les portails des fabricants : créer le site sous votre compte
Chaque fabricant d'onduleurs propose un portail de supervision. Les fonctions destinées aux installateurs varient. Voici ce que les fabricants décrivent eux-mêmes sur leur site :
| Fabricant | Ce que décrit le site officiel |
|---|---|
| Enphase (Installer Portal) | Puissance de chaque micro-onduleur jour par jour et heure par heure ; statut « Gateway Not Reporting » si la passerelle n'a pas envoyé de rapport depuis plus de 12 heures ; onglet des événements avec étapes de dépannage ; redémarrage et reprovisionnement des appareils à distance ; test de bruit sur les courants porteurs lancé à distance |
| SolarEdge | Gestion du site du client depuis l'onglet Admin ; alertes en temps réel ; l'installateur crée l'accès du client par son e-mail et choisit son niveau ; le client peut accorder à l'installateur l'option « Affichage et contrôle » depuis l'application mySolarEdge |
| Fronius (Solar.web) | Messages de service automatiques en cas d'erreur ; accès à distance aux réglages des onduleurs GEN24, Verto et Tauro ; mises à jour en ligne ; version de base gratuite, version Premium payante |
| SMA (Smart Connected) | Surveillance automatique 24 h sur 24 ; e-mail à l'exploitant et à l'installateur après diagnostic d'un défaut ; expédition automatique d'un appareil de remplacement ; service gratuit, activé dans le Sunny Portal à l'enregistrement de l'installation, pour une liste d'onduleurs compatibles |
Le point commun est organisationnel : l'accès installateur se crée au moment de la mise en service. Un site enregistré sous l'adresse personnelle du client, ou par un technicien avec son propre e-mail, c'est un parc que vous ne verrez jamais. Trois règles simples :
- Un compte entreprise par fabricant, avec une adresse générique (sav@, support@), jamais celle d'un salarié.
- L'enregistrement du site fait partie de la mise en service, au même titre que l'autocontrôle et les photos : pas de procès-verbal de réception sans site créé et accès client envoyé.
- Un tableau unique de votre parc : client, adresse, fabricant, numéro de série de l'onduleur ou de la passerelle, date de mise en service, niveau d'accès accordé par le client. C'est ce tableau qui vous permet de répondre au téléphone sans chercher.
Trier les alertes avant de déplacer une équipe
Dès que votre parc grandit, les alertes deviennent quotidiennes. Beaucoup ne demandent pas de camion. On peut les classer en trois familles :
| Famille | Exemple | Premier réflexe |
|---|---|---|
| Communication | Passerelle ou onduleur qui ne remonte plus de données | Appeler le client : box internet, Wi-Fi changé, coupure de courant, voyant de l'appareil |
| Production | Production nettement inférieure à celle des jours ou des installations voisines | Comparer avec la météo locale et les autres sites du secteur ; regarder la courbe par chaîne ou par micro-onduleur |
| Défaut matériel | Code d'erreur de l'onduleur, micro-onduleur qui ne produit plus, défaut d'isolement | Consulter la procédure du fabricant ; préparer la pièce avant le déplacement |
Une perte de communication n'est pas une panne : l'installation peut produire normalement sans que personne ne le voie. SolarEdge le prévoit d'ailleurs dans son application client, qui permet au propriétaire de reconnecter lui-même l'onduleur à internet en scannant son QR code. Le bon réflexe est donc l'appel, pas le déplacement.
Pour le diagnostic à distance, procédez dans l'ordre : regarder la courbe du jour et celle de la veille, identifier si le défaut touche toute l'installation, une chaîne ou un seul module, lire le code d'erreur dans le portail, puis tenter l'action à distance quand le fabricant la permet (redémarrage, mise à jour). Ne vous déplacez qu'avec un diagnostic écrit et, si possible, la pièce de rechange. Un déplacement sans diagnostic est souvent un deuxième déplacement.
Production mesurée contre simulation : comparer ce qui est comparable
Le client a signé sur une production estimée. Il comparera tôt ou tard. Mieux vaut que ce soit vous qui fassiez la comparaison, avec la bonne méthode.
Une simulation repose sur des données d'ensoleillement pluriannuelles. PVGIS, l'outil gratuit du Centre commun de recherche de la Commission européenne, s'appuie par exemple sur des données satellitaires et de réanalyse couvrant 2014 à 2024 dans sa nouvelle version. Une année réelle n'est jamais l'année moyenne, et un mois réel encore moins.
Quatre règles pour une comparaison honnête :
- Comparer par mois, jamais sur une semaine ou un jour.
- Comparer à la météo réelle du mois, ou à défaut aux installations voisines de votre parc, qui ont subi le même ciel.
- Regarder la forme de la courbe avant le total : une courbe écrêtée à midi, un décrochage chaque après-midi à la même heure (un ombrage oublié), une chaîne en dessous des autres disent plus qu'un pourcentage.
- Raisonner sur une fourchette, pas sur un chiffre. Une étude qui donne une production P50 (une année sur deux au-dessus) et P90 (neuf années sur dix au-dessus) vous donne déjà le langage pour expliquer au client qu'une année basse n'est pas une panne.
Un écart persistant sur plusieurs mois, concentré sur une chaîne ou apparu brutalement, est en revanche un signal de défaut. C'est là que la supervision justifie son coût.

RGPD : l'accès aux données se demande et s'écrit
Les données de production d'un foyer, et plus encore celles de consommation quand un compteur ou un gestionnaire d'énergie est installé, sont des données personnelles. La CNIL l'explique dans sa recommandation sur les compteurs communicants (délibération n° 2012-404) : une courbe de charge au pas de 10 minutes « permet notamment d'identifier les heures de lever et de coucher, les heures ou périodes d'absence », voire le nombre de personnes présentes. Elle y recommande que la collecte de la courbe de charge pour des services fournis par des sociétés tierces repose sur le consentement exprès des personnes, recueilli pour chaque prestation. Pour les données du compteur Linky, la CNIL rappelle que la transmission des données horaires ou à la demi-heure à des tiers « ne peut intervenir qu'avec l'accord de l'abonné ».
Deux bases légales peuvent fonder votre accès au portail :
- Le contrat, si le traitement est « objectivement nécessaire » à son exécution. Un contrat de supervision que le client a signé justifie que vous consultiez ses données de production. Une simple clause cachée dans des conditions générales ne suffit pas.
- Le consentement, qui doit être libre, spécifique, éclairé et univoque. Il se retire « à tout moment », par un moyen aussi simple que celui utilisé pour le donner, et vous devez pouvoir prouver qu'il a été donné.
En pratique, un bloc de quelques lignes dans le procès-verbal de réception ou le contrat suffit à couvrir l'essentiel :
- La finalité : surveiller le bon fonctionnement de l'installation et intervenir en cas d'anomalie. Toute autre utilisation (prospection, statistiques commerciales) demande un consentement séparé.
- Les données consultées : production, alertes, et consommation seulement si un équipement la mesure et si c'est nécessaire.
- Qui y accède : le service SAV de l'entreprise, pas toute l'équipe commerciale. La CNIL recommande, pour la courbe de charge, de réserver l'accès aux seules personnes qui en ont besoin.
- La durée : celle du contrat ou de la garantie, puis retrait de l'accès. Sa fiche sur les objets connectés en logement social, publiée en novembre 2025, insiste sur le même triptyque : collecte limitée au strict nécessaire, durée définie, information individuelle des personnes.
- Le retrait : comment le client vous retire l'accès, et ce qui se passe alors pour le service.
Le règlement européen sur les données (Data Act), applicable pour l'essentiel depuis le 12 septembre 2025 selon la CNIL, ajoute un droit utile au client : accéder aux données générées par son objet connecté et demander leur partage avec le destinataire de son choix. Un client qui change d'installateur peut donc faire transférer ses données ; le RGPD continue de s'appliquer et prévaut en cas de contradiction.
Délai d'intervention : ce que vous promettez, vous le devez
Aucun texte consulté ne fixe de délai chiffré d'intervention pour le SAV photovoltaïque. La charte QualiPV parle de « délais rapides », la garantie de parfait achèvement d'un délai que le client vous fixe par lettre recommandée. Le délai réel est donc celui que vous écrivez.
Distinguez au moins deux niveaux, parce qu'ils n'ont pas le même coût pour le client :
| Situation | Exemple d'engagement à adapter |
|---|---|
| Arrêt total de la production | Prise en compte et diagnostic à distance sous quelques jours ouvrés, intervention planifiée dès la pièce disponible |
| Baisse partielle, perte de communication | Prise en compte, appel au client, intervention groupée avec d'autres chantiers du secteur |
Les délais que vous affichez doivent tenir compte de ce que vous ne maîtrisez pas : disponibilité de la pièce chez le fabricant, accès à la toiture, météo. Écrivez un délai de prise en compte et de diagnostic, que vous tenez, plutôt qu'un délai de réparation, qui dépend d'un tiers.
Comment la facturer : un contrat annuel lisible
La supervision gratuite et implicite finit toujours de la même façon : des déplacements non facturés, et des clients qui pensent que tout est inclus. Un contrat annuel règle les deux problèmes. Son contenu type :
- Le périmètre : surveillance du portail, traitement des alertes, rapport annuel de production comparé à l'étude.
- Les délais : prise en compte et diagnostic, par niveau de gravité.
- Ce qui est inclus : diagnostic à distance, un nombre défini de déplacements, éventuellement une visite de contrôle annuelle.
- Ce qui est exclu : pièces hors garantie fabricant, nettoyage des modules, dommages extérieurs, interventions dues à la box internet du client.
- L'articulation avec les garanties : ce qui relève de la garantie légale reste gratuit, le contrat ne le facture pas une deuxième fois.
- Les données : la clause décrite plus haut, avec durée et retrait.
- La durée et la résiliation : tacite reconduction annuelle, préavis, effet sur les accès au portail.
Le prix dépend de votre secteur, de la taille de votre parc et du temps réellement passé par installation. Mesurez ce temps sur vos douze derniers mois avant de fixer un tarif : c'est la seule base solide.
Ce qu'il faut retenir
- La charte QualiPV vous engage à intervenir « dans des délais rapides » ; la garantie de parfait achèvement d'un an s'applique de toute façon.
- Créez le site sur le portail du fabricant, sous un compte entreprise, le jour de la mise en service.
- Triez les alertes : communication, production, défaut matériel. Seule la dernière appelle presque toujours un déplacement.
- Comparez la production à l'étude par mois et avec la météo réelle, en raisonnant en fourchette P50/P90.
- Écrivez la base légale, la finalité, les accès et la durée de l'accès aux données ; un consentement doit pouvoir se retirer simplement.
- Vendez la supervision par un contrat annuel qui distingue ce qui relève de la garantie et ce qui relève du service.
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Créer mon compte gratuit Voir les fonctionnalitésQuestions fréquentes
Le client peut-il me retirer l'accès à ses données de production ?
Oui si l'accès repose sur son consentement : la CNIL exige qu'il puisse le retirer à tout moment, aussi simplement qu'il l'a donné. Si l'accès est objectivement nécessaire à un contrat de supervision que le client a signé, la base légale est le contrat ; la résiliation du contrat met alors fin à l'accès.
Une alerte de perte de communication justifie-t-elle un déplacement ?
Rarement en premier. Une passerelle ou un onduleur qui ne remonte plus de données a souvent perdu la connexion internet de la maison. Appelez le client, faites-lui vérifier la box et le voyant de l'appareil, et ne vous déplacez que si la production elle-même est en cause.
Ma production réelle est inférieure de 10 % à l'étude sur un mois : est-ce un défaut ?
Pas forcément. Une simulation repose sur des données d'ensoleillement moyennes ; un mois réel peut s'en écarter nettement. Comparez d'abord avec l'ensoleillement réellement mesuré sur le mois, puis avec les installations voisines de votre parc. Un écart persistant sur plusieurs mois, ou concentré sur une chaîne, mérite un diagnostic.
Le Data Act change-t-il quelque chose pour l'installateur ?
Le règlement européen sur les données, applicable pour l'essentiel depuis le 12 septembre 2025, permet à l'utilisateur d'un objet connecté d'accéder aux données qu'il génère et de demander leur partage avec un destinataire de son choix. Votre client peut donc demander à un fabricant de vous transmettre ses données. Le RGPD reste applicable et prévaut en cas de contradiction.
Faut-il facturer la supervision pendant la première année ?
Pendant l'année de parfait achèvement, vous devez de toute façon réparer les désordres signalés. Ce que vous pouvez facturer, c'est le service en plus : surveillance active, rapport annuel, délai d'intervention garanti, visite de contrôle. Écrivez clairement ce qui relève de la garantie et ce qui relève du contrat.
Sources
- Enphase, monitoring and troubleshooting (installateurs)
- SolarEdge, mySolarEdge pour les installateurs
- Fronius, Solar.web PV system monitoring for installers
- SMA, SMA Smart Connected
- Commission européenne (JRC), PVGIS
- CNIL, délibération n° 2012-404 du 15 novembre 2012 sur les données des compteurs communicants
- CNIL, Linky, Gazpar : quelles données sont collectées et transmises ?
- CNIL, le consentement
- CNIL, les bases légales
- CNIL, fiche n° 13 logement social : l'installation d'objets connectés (novembre 2025)
- CNIL, le règlement sur les données (Data Act)
- Qualit'EnR, charte qualité QualiPV (Rev03, janvier 2015)
- Service-public, garanties après la réception des travaux